La République Torture
Par
ce que...
L'heure des tortionnaires Qu'il
est bien pénible d'aborder le thème de la torture de part
et d'autre de la méditerranée, un secret tabou entouré
du plus grand silence. Autant de douleur et de souffrance pour les victimes
qui réclament à ce jour justice et plus d'embarras et d'humiliation
pour ceux qui ont mauvaise conscience ou qui ont pris part à cette
pratique. IL est, sans nul doute, embarrassant pour un tortionnaire d'être rattrapé par le temps, mais malgré leurs âges et le temps qui s'est écoulé, les tortionnaires et les criminels de part le monde ne doivent plus se sentir à l'abri de poursuites et oublier leur passé en écoulant des jours heureux. Qualifier la torture de crime est peu de chose, car cette pratique abjecte, déniée de toute logique, réduit l'homme à son état le plus bestial. La torture reste à cet égard un geste impardonnable, quelles que soient les circonstances de son utilisation et quels qu'en soit les motifs et les résultats, rien ne peut justifier l'usage de celle-ci même si l'adversaire y a recourt. S'y résoudre est une décente aux enfers et personne aussi fort soit-il ne s'en sort sans y laisser une partie de son âme et même souvent toute son âme. Pendant la
colonisation de l'Algérie l'usage de la torture était bien
applaudi par les hauts fonctionnaires de la république dont François
Mitterrand en personne. Le gouvernement de l'époque savait très
bien ce qui se passait et avait fait de la torture un moyen de répression
tout azimut pour mater un peuple en colère. La stratégie de la lutte contre le
FLN était dictée par une seule règle: ''A toute
situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles''. Les martyrs
n'avaient droit ni à la tolérance ni à la merci et
n'étaient pas traités comme des prisonniers de guerre, car
l'état de guerre n'était même pas reconnu. Au mieux
ce fut une insurrection populaire au pire «pour les plus extrémistes
des coloniaux» une vulgaire entreprise de bandits malfrats. Il est presque inutile de citer des exemples tellement le chiffre est effarant et la blessure profonde dans les cours des familles de victimes qui n'ont rien oublié de cette époque. Les nombreux rescapés de cette pratique ignoble sont toujours vivants et évoquent avec beaucoup de dignité et de pudeur le cauchemar qu'ils ont vécu. Il ne faut surtout pas croire que l'utilisation de la torture a commencé en 1957 avec l'arrivée des paras ; en réalité elle fut introduite bien avant. Elle a été très largement utilisée pendant l'insurrection populaire qui a suivi la fin de la deuxième guerre mondiale où des milliers d'hommes et de femmes ont été honteusement suppliciées. Bien que peu d'informations aient filtré sur le sujet mais le peu est déjà plus que dramatique. Le proverbe qui dit: «il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas» est bien approprié aujourd'hui à tous ceux qui ne manifestent aucun regret. L'attitude de Bigeard est celle d'un militaire indigne qui n'assume pas ses crimes et continue lâchement à narguer ses victimes avec une arrogance qui est propre aux tortionnaires. En se présentant en tenue militaire à une émission consacrée au thème de la torture, il veut affirmer ses vieilles convictions qui jettent le discrédit et la honte sur l'armée française. Sans le moindre remords, il justifie ses actes barbares par un besoin purement opérationnel et n'éprouve aucun regret après le massacre de milliers d'Algériens et même de Français partisans de l'Algérie libre. La reconnaissance de la responsabilité du gouvernement français dans les torts subis par les victimes est nécessairement un premier pas vers l'ouverture d'un plus large débat sur la mémoire de la guerre d'Algérie. Les récentes déclarations des responsables français ne sont nullement à la hauteur des espoirs de ceux qui attendent depuis plus de quarante ans pour que leur calvaire soit enfin reconnu comme crime contre l'humanité. Il est tout à fait scandaleux de refuser de s'excuser officiellement et de demander le pardon et d'exprimer sa repentance auprès des hommes et des femmes qui n'en demandent pas plus. Si la France, terre des Hommes et fervent pays initiateur de la déclaration universelle des droits de l'homme, refuse un tel droit à cause de fugaces considérations politiciennes, c'est alors la perpétuité du nom droit et de l'injustice. Ce ne sont pas les grands Etats qui font les grands hommes, ce sont les grands hommes qui font les grands Etats. Heureusement que des hommes dignes et nobles à l'image du défunt général J.Paris de Bollardière, ne renoncent pas à leurs principes et essayent au prix de lourds sacrifices, de sauver l'honneur militaire. Ce sont ces hommes qui font la fierté et la grandeur d'un Etat à travers l'histoire. Même si l'Algérie est malade de ses dirigeants indignes, le peuple algérien reste malgré tout souverain et a tous les droits au respect et à la reconnaissance officielle de son martyre. Le pardon est une des grandes vertus du peuple algérien, et pour l'obtenir, il faut le demander avec humilité et sincérité. Tous les biens de la France ne peuvent dédommager une seule des victimes du bourreau Bigeard pour les supplices qu'elle a subi pendant un jour de calvaire. Rien n'équivaut aux instants de douleurs, de gémissements, de cris, de larmes, de sang,.,de mort, Rien ; pas même la vengeance car on ne peut pas souhaiter ces moments à son propre bourreau. Même
si les accords d'Evian ont, pour des raisons dictées par les circonstances
de l'époque, écarté toute éventualité
de poursuites contre l'Etat français, les victimes et leurs familles
ont parfaitement le droit de demander réparation auprès
des instances judiciaires qualifiées. Si le gouvernement
français n'a pas autorisé la déclassification des
archives liées aux événements de la guerre d'Algérie
ce n'est pas pour protéger l'histoire familiale des généraux
collaborateurs comme Larbi Belkheir, Khaled Nezzar, Mohamed Touati, Mohamed
Lamari et tant d'autres mais bel et bien pour assurer l'anonymat
des officiers français qui ont pris part à la guerre d'Algérie
et pratiqué la torture ; ils sont nombreux et certains ont occupé
des fonctions très sensibles. La mémoire des faiseurs de politique est peut-être courte
ou souffre d'amnésie temporelle qui se manifeste aux grés
des tempêtes politiciennes, mais la mémoire des peuples est
vive et reste toujours en quête de vérité et de justice
quelles que soient les circonstances. Voyage au bout de l'horreur Massu, Bigeard
et d'autres ont torturé, officieusement, pour la gloire de la France
et pour la sauvegarde de ses intérêts suprêmes. Mohamed
Mediene, Smain Lamari et leurs sbires continuent de torturer ; mais au
nom de quel idéal, de quel intérêt? Est-ce celui de
la préservation des pétrodollars dans des comptes en Suisse
et en France ou la vente des mines d'or et de diamants situées
dans le sud ou le bradage des biens économiques de l'Algérie
au dinar symbolique ! C'est celle-là l'Algérie des généraux que certains politiciens français indignes, attirés par l'appât du gain facile, ont honteusement soutenu durant cette décennie. Quand Yves Bonnet prend publiquement la défense du général Smain Lamari en déclarant que son ami El Hadj Smain n'est pas un tortionnaire, c'est le comble ! Bonnet n'est pas le seul à soutenir la torture en Algérie, beaucoup d'autres issus de diverses couleurs politiques accomplissent la basse besogne dans les coulisses et profitent des offrandes bienveillantes des généraux tortionnaires. Quelle honte
pour la Françe de Jean Moulin de recevoir sur son sol le tortionnaire
Smain Lamari et ses semblables ! La culture de la torture est devenue une triste réalité depuis le début des années 90 ; et c'est Smain Lamari qui a pris l'initiative à l'époque d'organiser des séminaires lugubres au siège de l'institut supérieur des techniques du renseignement (situé à Beni Messous) auxquels étaient conviés des officiers de la DRS. Animés par d'ex-officiers du régime d'apartheid sud-africain et d'autres spécialistes étrangers des techniques d'interrogatoire, ces séminaires périodiques devaient initier un large nombre d'officiers aux méthodes de l'horreur. Il va sans dire que les conférenciers étaient très largement rémunérés pour leurs savants conseils. Malheureusement pour l'Algérie, même après «l'indépendance», des endroits aux senteurs de la mort comme la villa Susini ont connu d'autres victimes. Sans doute parce que les premiers utilisateurs des lieux se sont tirés à bon compte et n'ont pas répondu de leurs crimes. Seulement le pire c'est pendant cette dernière décennie que nous l'avons connu. Les méthodes les plus atroces et les moyens les plus incroyables ont été mis à contribution par des Algériens qui n'ont retenu aucune leçon de leur histoire, faut-il encore que ça soit la bonne ! L'honneur de l'Algérie aurait été sauf si les généraux algériens avaient pris les mesures nécessaires contre les dépassements de quelle nature que se soit en menant une guerre digne de son passé. La mémoire des martyrs et leurs idéaux aurait été glorifiée si les supplices qu'ils ont connus n'auraient pas été infligés à des Algériens bien des années après l'indépendance, par des pseudo-gardiens d'un système qui se veut au-dessus des lois. La mémoire des héros qui ont succombé sous les tortures des inquisiteurs de Roger Whybot, de Massu et des autres aurait été révérée si le général Smain Lamari et ses acolytes n'avaient pas accouru pour se jeter dans les bras sauveurs de la DST. Si nous parlons de la torture en Algérie aujourd'hui c'est bien parce qu'elle est indissociable de notre passé ; ce qui est arrivé à nos pères, à nos mères, à nos frères et sours ne devait jamais se répéter. Hélas, le cauchemar du peuple algérien ne veut pas prendre fin et le destin fait que nous arrivons en ce jour au constat de désolation qui endeuille tout un peuple et fait honte à nos martyrs. Par devoir de justice et respect à la mémoire des martyrs victimes de tortures pendant la guerre de libération nationale, par respect aux victimes de ces dernières années et afin de leur rendre justice, en apportant notre humble témoignage nous espérons que leur calvaire pourra servir à empêcher de telles pratiques dans le futur. Nous attestons que pendant cette décennie plusieurs dizaines de milliers d'Algérien ont subi une torture indescriptible: le chalumeau, la baignoire, le tourne vice, les clous des marteaux, la perceuse, le courant 220 volt, la castration, le viol des hommes et des femmes, la bouteille, le manche à balai, le démembrement (où le tortionnaire coupe avec un sécateur les doigts l'un après l'autre et continue de le faire tant que la victime ne cesse de crier, l'arrachage des yeux avec une fourchette, couteau ou autres), ne sont qu'un bref sommaire des moyens utilisés. Cela donne envie de vomir rien que de les citer, mais justice doit être rendue aux victimes qui ont connu tout cela et bien plus encore, si l'on considère que des enfants aussi jeunes que onze ans ont subit ces supplices. Beaucoup ont trouvé la mort dans des conditions épouvantables et n'ont pas eu droit à une sépulture. Le général Smain Lamari est nommé au début de l'année 1992 par son chef le général Larbi Belkheir à la tête de la coordination de la lutte anti-terroriste (PCO): Une nouvelle direction située à Château-neuf (en face de l'école de police) en charge: de l'organisation d'échange d'informations entre les différents services de sécurité (DRS, gendarmerie, police) et de la lutte anti-terroriste. Cette direction a pour objectif le gain de temps et l'exploitation rapide des informations dans un but d'efficacité opérationnelle. Le nouveau chef du commandement central opérationnel (le PCO), donne à l'époque des consignes très strictes à tous les responsables sous ses ordres pour mener une lutte sans merci utilisant pour se faire tous les moyens indispensables pour la récolte de l'information. Le plan de bataille est étonnamment le même que celui qu'avait adopté Bigeard bien des années auparavant. C'est Smain lamari en personne qui a conduit les premiers interrogatoires et a initié l'usage de la torture, donnant ainsi l'exemple à un large éventail d'officiers. Les militaires qui ont refusé de telles pratiques ont été, dans le meilleur des cas, répudiés par les chefs ; dans le pire des cas, liquidés froidement par l'équipe 192. La pratique
de la torture s'est ensuite propagée à toutes les composantes
des forces armées de l'Etat, les consignes sont claires: zéro
tolérance et pas de prisonniers ; la voie est ainsi ouverte à
tous les dépassements au nom de la sécurité de l'Etat.
Lorsque le général Abbas Gheziel (le chef de la gendarmerie
nationale) a ordonné à ses troupes l'achèvement
des blessés, Mohamed Lamari l'a tout de suite suivi en ordonnant
cette fois d'user des moyens opérationnels nécessaires pour
la récolte d'informations. Que peut-on dire d'autre, si ce n'est que cette pratique, que des officiers dignes ont dés le début des événements condamnés ouvertement, a jeté le déshonneur sur la plus grande institution de l'Algérie. Le Mouvement Algérien des Officiers Libres a demandé depuis longtemps au président Lamine Zeroual de faire cesser la torture, de condamner cette pratique et de demander pardon aux familles des victimes afin de laver l'honneur de notre armée et rétablir l'Etat de droit. Rien n'a été fait car les responsables militaires changent de président comme ils changent de chemises. Si l'adversaire était qualifié de hors la loi, l'armée algérienne ne devait jamais perdre le sens de la raison et se rabaisser en utilisant des moyens inhumains prenant ainsi la décision de se mettre hors la loi et de traîner, par conséquent, la réputation de l'ANP dans la boue. Si la mémoire vive des victimes a rattrapé les généraux Massu, Aussaresses, Bigeard .et tant d'autres près de 40 ans après, les généraux algériens porteront jusqu'à l'éternité la malédiction liée aux exactions de cette dernière décennie qui aura été sans nul doute la plus honteuse de toute l'histoire de l'Algérie. La qualification des crimes commis par Toufik, Smain et leurs sbires comme «crime contre l'humanité» est plus que justifiée et nécessite un jugement spécial: une traduction devant les instances pénales internationales pour que cela ne se reproduise pas ailleurs ; pour que de simples gouvernés ne puissent plus jamais être la proie des démons qui les gouvernent par le fer et le feu ! Le Mouvement algérien des Officiers Libres demande humblement et officiellement pardon aux victimes de la torture et à leurs familles et ce au nom de l'Armée Nationale Populaire et tous ses officiers dignes et intègres. Même si le pardon et souvent difficile à obtenir pour ce genre de crimes abjects, nous espérons qu'avec notre promesse et notre parole d'honneur d'officiers que justice sera faite, les familles trouveront le courage nécessaire de supporter leurs douleurs (soit liées à la perte d'un proche ou à des tortures subies) et nous pardonner des crimes que d'autres officiers bourreaux ont commis. Il est presque inutile de rappeler que les généraux assassins ont toujours eu comme stratégie: la dilution de leurs crimes et massacres gravissimes en comptant sur l'effet réducteur du temps. La peur, la faim et l'insécurité ont anéanti le pauvre citoyen et l'on réduit au silence et à la souffrance muette, mais n'ont jamais eu raison de sa détermination profonde à demander des comptes pour tous les préjudices subis. Les crimes de Massu, Bigeard, et les autres sont restés impunis, c'est la raison pour laquelle d'autres tortionnaires, d'une autre espèce, ont osé et ont réitéré les mêmes gestes ignobles. Il aurait été autrement en Algérie aujourd'hui si les responsables de la torture pendant la guerre d'Algérie avaient reçu le châtiment qu'ils méritent. Il est tout à fait urgent de faire les démarches judiciaires nécessaires pour faire toute la lumière sur le sort des disparus, victimes des tortures. Les familles des victimes ne doivent plus avoir peur car ces généraux de la honte payeront même à titre posthume ; l'histoire les classera avec les Massu, Bigeard et les monstres de leur espèce. Le Mouvement Algérien des Officiers Libres incite toutes les victimes de la torture des deux époques à accomplir leur devoir de mémoire et entreprendre les démarches nécessaires à la traduction en justice des bourreaux responsables quelle que soit leur nationalité. A aucun prix il ne faut se taire ; la loi doit être au-dessus de tous et en défendant ses droits on défend le respect de la loi et le devenir des générations futures.
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